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Le jour où j’ai compris qu’un spectacle pour enfants ne se joue pas seulement sur scène

Photo du rédacteur: Sabrina Deseigne
Sabrina Deseigne
il y a 20 heures
5 min de lecture
Spectacle pour enfants avec des ballons

Quand on pense à un spectacle pour enfants, on imagine facilement l’artiste sur scène, les décors, les accessoires, les lumières, les numéros qui s’enchaînent et les enfants qui regardent avec de grands yeux.

Mais avec le temps, j’ai bien compris qu'un spectacle ne se joue pas seulement sur scène.

Il se joue aussi dans la salle, dans les réactions du public et les petits imprévus. Dans les enfants qui osent participer… ou ceux qui préfèrent rester bien installés à leur place.


Un spectacle pour enfants, c’est d’abord une rencontre

Je fais du spectacle de proximité, et cela change beaucoup de choses car je ne cherche pas simplement à présenter une succession de numéros devant un public. J’aime que les spectateurs aient l'impression de faire partie du spectacle.


Pour moi, un bon spectacle pour enfants doit proposer plusieurs façons de participer.

Il y a ceux qui aiment regarder : les effets visuels, les objets qui apparaissent, les transformations, les couleurs, les surprises…

Et puis il y a ceux qui ont besoin d’être acteurs. De répondre à une question, de faire un geste, de crier une réponse, de venir sur scène, de devenir l’assistant de l’artiste pendant quelques instants.

Il faut donc en avoir pour tous les goûts.

L’interactivité est importante, mais elle ne doit jamais devenir une obligation.


Faire participer, oui. Forcer, jamais.

Faire monter un enfant ou un parent sur scène peut être un moment formidable, mais cela doit rester un plaisir. Un enfant qui ne veut pas venir, qui est timide, qui n’ose pas, ou qui préfère simplement regarder ses copains participer doit pouvoir rester à sa place sans aucune pression.

C’est une règle essentielle pour moi : on ne force jamais quelqu’un à participer.


La participation doit être bienveillante et positive. L’objectif est que l’enfant qui monte sur scène passe un bon moment, et que celui qui reste dans le public s’amuse tout autant.


Les assistants ne sont pas toujours choisis au hasard

Dans certains spectacles, les enfants qui montent sur scène semblent avoir été choisis spontanément. En réalité, ce n’est pas toujours le cas.

Lorsque je le peux, je repère mes futurs assistants avant même le début du spectacle.

Pourquoi ? Parce que chaque numéro demande parfois un profil différent.

Un enfant très à l'aise pourra être parfait pour un numéro qui demande de parler devant tout le monde. Un autre, plus calme et très attentif, sera peut-être idéal pour une autre situation. Il faut aussi tenir compte de l’âge, de la taille, de la compréhension des consignes et, tout simplement, de l’envie de participer.


Ce petit travail d’observation en amont permet de créer de beaux moments sur scène.

Et surtout, cela permet d’éviter de mettre un enfant en difficulté, car derrière une participation qui paraît improvisée, il y a parfois beaucoup d’écoute et d’observation.


Et puis… il y a les surprises du public

C’est probablement l’une des choses que j’aime le plus dans le spectacle vivant. On peut préparer un spectacle pendant des semaines. Répéter ses textes, ses gestes, ses enchaînements. Préparer ses accessoires et connaître ses numéros par cœur.


Et puis arrive le public.


Un enfant fait une remarque inattendue. Un parent réagit d’une manière surprenante. Quelqu’un remarque un détail. Un enfant dans la salle dit quelque chose qui me donne une idée. Et parfois, il faut sortir du texte prévu, parce que le spectacle est en train de se créer en direct.


C’est là que le métier d’artiste prend tout son sens.

Il faut savoir écouter ce qui se passe dans la salle, rebondir sur une réaction, répondre à une remarque, modifier légèrement son rythme ou intégrer un événement imprévu. Ces petits moments ne sont pas forcément visibles dans le programme du spectacle. Pourtant, ce sont souvent eux qui rendent une représentation unique. Deux spectacles identiques sur le papier peuvent être complètement différents une fois joués devant deux publics différents.


Mais pour qu’un spectacle fonctionne, les conditions comptent énormément

On parle beaucoup de l’artiste, du contenu, des numéros… Mais les conditions dans lesquelles le spectacle est présenté ont aussi une grande importance.

Je peux m’adapter à beaucoup de situations : avec une scène, sans scène, dans une salle polyvalente, une école, une médiathèque, une entreprise… Mais « pouvoir jouer partout » ne veut pas dire que toutes les configurations se valent.


Pour un spectacle de proximité, une scène très haute ou placée très loin du public peut devenir problématique. Les enfants doivent pouvoir voir correctement. Ils doivent se sentir proches de ce qui se passe. Et moi, en tant qu’artiste, j’ai besoin de pouvoir créer cette proximité avec eux.

À l’inverse, une configuration plus proche, avec les enfants installés au sol devant l’espace de jeu, permet souvent une véritable proximité.

Et cette proximité est précieuse.


Une belle salle, ce n’est pas seulement une question d’esthétique

Quand je parle de « belle salle », je ne parle pas forcément d’une salle luxueuse. Une belle salle pour un spectacle, c’est surtout une salle adaptée au spectacle qui va y être présenté.

La visibilité, l’acoustique, la disposition du public, la distance avec l’artiste, l’éclairage, la possibilité de circuler… tout cela compte.


Un spectacle peut être parfaitement préparé et perdre une partie de son impact si une grande partie du public ne voit pas correctement ou entend mal.

C’est un peu comme regarder un film depuis trop loin : le contenu est toujours là, mais l’expérience n’est plus la même.


La jauge et l’âge du public changent aussi beaucoup de choses

Il y a également deux informations qui peuvent sembler secondaires au moment de programmer un spectacle, mais qui sont en réalité essentielles : combien de personnes seront présentes et quel âge auront-elles ?

Un spectacle prévu pour 30 enfants ne se joue pas exactement de la même manière devant 150. De la même façon, un spectacle pensé pour des enfants de 4 à 8 ans ne fonctionnera pas nécessairement de la même manière devant des enfants beaucoup plus jeunes ou beaucoup plus âgés.


La taille du groupe influence l’énergie, les interactions, la visibilité et la manière de faire participer les enfants. Et lorsque la réalité ne correspond pas à ce qui était prévu au départ, il faut s’adapter. Parfois, cela fonctionne très bien. Parfois, c’est beaucoup plus compliqué.

C’est pour cela que les informations données avant le spectacle sont importantes.


Et puis il y a les spectateurs… qui ne sont pas toujours vraiment venus voir un spectacle

C’est peut-être l’un des défis les plus difficiles. Jouer devant un public attentif, c’est une chose. Jouer devant des personnes qui discutent, mangent, circulent ou sont occupées à autre chose en même temps, c’en est une autre. Pour les enfants, cela peut rapidement devenir perturbant.


Si certains adultes parlent au fond de la salle, si des personnes circulent pendant un numéro ou si une partie du public n’est pas réellement disponible pour regarder, l’attention générale peut se disperser. Et dans un spectacle interactif, l’attention est particulièrement importante.

On ne peut pas demander aux enfants de participer, de répondre ou de monter sur scène tout en leur donnant l’impression que le spectacle est simplement une animation parmi d’autres.


Un spectacle a besoin d’un public présent. Pas seulement physiquement, mais aussi mentalement.


Finalement, la scène n’est qu’une partie du spectacle

Avec le temps, j’ai compris que mon travail ne consistait pas simplement à monter sur scène et à faire mes numéros.

Il commence bien avant.

En regardant la salle.

En observant le public.

Puis il se poursuit encore après, avec les réactions des enfants, les discussions des familles, les sourires et parfois les petites phrases que l’on n’oublie pas.

Alors oui, un spectacle ne se joue pas seulement sur scène.

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